Le rapport de l’Homme à la création se perd aux confins de ses propres origines.

Toute relation à son environnement, et toutes les adaptations à l’inattendu de la vie ont nécessité de nous d’être créatifs.

Pour survivre, comprendre, mais aussi pour rendre grâce à ce qui nous dépassait et nous émerveillait.

Vestiges antiques, peintures préhistoriques, instruments de musique dont on ne connaît plus toujours les usages… tout témoigne de notre besoin de créer.

Créer, c’est être en relation. Avec son corps. Avec l’environnement. Avec les autres.

Prendre conscience d’une impression subtile ou franche ( une émotion, une sensation venant de notre monde intérieur et/ou provoqué par le monde extérieur) nous invite à nous mettre en action, pour satisfaire un besoin, pour se maintenir en vie, pour s’accomplir, se libérer.

Si j’ai soif, je cherche à boire pour étancher cette soif. La soif peut être physique, mais aussi intellectuelle, émotionnelle, ou spirituelle.

Si j’éprouve de la peine, je vais peut-être pleurer pour soulager une tension interne. Ou écrire. Ou chanter (on peut penser à la naissance du Blues ou du Fado).

L’image de l’iceberg est parfois évoquée pour nous représenter: la partie émergée étant notre vie consciente; et la partie immergée notre vie inconsciente, les profondeurs de notre être. Notre vie intérieure.

A travers l’Histoire de l’Humanité, nous savons que créer faisait partie des protocoles de soins anciens: rêves pour transmettre des informations, chants, écritures, peintures… accompagnaient la pharmacopée, l’hygiène de vie, la diététique etc. L’être à soigner n’était pas qu’un corps; il fallait prendre en compte son âme, son histoire, ses ancêtres, son lieu de vie…

Par le passé, ces médecines étaient celles des sumériens, des chinois, des indiens, des grecs anciens, des amérindiens et tant d’autres. On les appelle souvent ethnomédecines, chamanisme.

Au XXè siècle s’est établie, dans les sociétés occidentales, une psychopathologie de l’expression. Il s’agissait de mettre en lumière les signes cliniques qui transparaissaient dans les œuvres des patients. Les œuvres devenaient des clés de lecture de la psyché en souffrance.

Psychiatres, pédiatres, psychanalystes, psychothérapeutes, souvent eux-mêmes amateurs d’art ont au fil des décennies étudié, pratiqué, formalisé une pensée qui tentait d’expliquer en quoi créer permet à une personne de sortir de l’isolement, de retrouver de l’estime de soi, d’apaiser ses angoisses, de retrouver de l’élan vital…

Aujourd’hui, la somme des recherches et les différents courants sont innombrables. Les art-thérapies tentent de se définir, soit en fonction de la médiation dominante (danse-thérapie, dramathérapie, musicothérapie etc), soit en fonction du processus développé ou du courant philosophique dominant (art transformationnel, art-thérapie contemporaine, art-thérapie analytique, expression sensitive etc).

Ce sont autant de champs d’exploration et d’investigation confrontant l’être et le phénomène de créer.

Pour ne pas se perdre, il s’agira toujours de revenir à la source de l’appel.

Conscience de soi.

Conscience des dynamiques intérieures.

Interaction entre vie intérieure et vie extérieure.

Enjeux pour soi, sa vie, son entourage, et les conséquences.

Mise en forme symbolique de ce qui agit en nous, unification des différentes parts qui nous constituent et harmonisation.

Épanouissement. Accomplissement. Transmission.